L’été, saison des longues balades, des jeux dans les champs et des escapades en nature avec notre chien. Pourtant, dans ces paysages idylliques de graminées hautes et sèches, se cache un danger minuscule, redoutable et sournois : l’épillet. Ces petits épis barbus, aussi appelés « espigaou » ou « voyageurs », semblent inoffensifs. Mais pour nos animaux de compagnie, et particulièrement pour les chiens aux poils longs ou aux oreilles tombantes, ils représentent une véritable urgence vétérinaire estivale. Leur structure unique, dotée de micro-aiguillons orientés vers l’arrière, leur permet de progresser inexorablement dans un seul sens : vers l’avant, sous la peau, dans un conduit auditif, entre les coussinets… Chaque année, des milliers de cas sont recensés, nécessitant souvent une intervention chirurgicale sous anesthésie générale. En tant que propriétaire averti, connaître ce risque, savoir le prévenir et en reconnaître les signes précoces est indispensable pour passer un été serein. Partons à la découverte de cet ennemi végétal pour mieux s’en protéger.
Le mécanisme de l’épillet est une prouesse diabolique de la nature. Une fois accroché au poil ou entré dans un orifice, il ne peut plus reculer. Les mouvements de l’animal, la respiration, ou simplement la structure de l’épi, le font avancer millimètre par millimètre, comme un harpon microscopique. Les zones les plus fréquemment touchées sont les oreilles (surtout chez les Cockers, les Springers, les Labradors), les espaces interdigitaux (entre les doigts), les yeux, les narines et les parties génitales. Un chien qui entre dans un champ d’herbes sèches et en ressort peut déjà avoir un épillet logé quelque part, sans le montrer immédiatement. Des races au poil long et dense comme le Berger Australien, le Bouvier Bernois ou le Setter sont particulièrement vulnérables, tout comme les chiens de chasse qui évoluent dans ces milieux.
Les signes cliniques doivent alerter tout propriétaire et nécessitent une consultation vétérinaire en urgence. Pour l’oreille : secouement frénétique et brutal de la tête, grattage intense, tête penchée, gémissements. L’épillet perce le tympan et peut atteindre l’oreille moyenne. Pour la patte (entre les doigts) : léchage compulsif d’un espace interdigital, boiterie soudaine, apparition d’un petit trou avec gonflement et parfois écoulement purulent. Pour l’œil : clignement excessif (blépharospasme), œil fermé, larmoiement intense. Pour la narine : éternuements violents, en salves, parfois avec saignement d’une seule narine. Il ne faut jamais tenter de retirer un épillet soi-même, au risque de le casser ou de l’enfoncer plus profondément.
La prévention est la meilleure arme. Durant les mois à risque (de mai à septembre), évitez les zones d’herbes hautes et sèches. Privilégiez les sentiers larges ou les sous-bois. Après chaque sortie, inspectez méticuleusement votre chien : passez vos doigts dans son pelage, surtout sous les aisselles, l’aine, entre les doigts. Inspectez ses oreilles. Un toilettage préventif est une excellente stratégie : faites tondre ou épiler régulièrement les conduits auditifs chez le toiletteur ou le vétérinaire, et faites raccourcir les poils entre les coussinets et sous le ventre. Des produits comme le spray Paw Wax de la marque Musher’s Secret appliqué sur les coussinets peut aider à créer une barrière. Des accessoires comme les bottes de protection de chez Ruffwear ou Hurtta sont efficaces pour les balades à haut risque. Des marques de toilettage comme Chris Christensen proposent des outils adaptés pour entretenir le pelage.
En conclusion, face à l’épillet, la vigilance est votre meilleure alliée. Considérez chaque herbe sèche comme une potentielle menace. Éduquez vos proches, vos voisins propriétaires d’animaux. Partagez l’information. En adoptant une routine d’inspection systématique et des mesures préventives adaptées, vous réduisez considérablement le risque de voir votre compagnon souffrir de cette pénible expérience. Profitez de l’été, des randonnées et des jeux en plein air, mais gardez à l’esprit ce petit détail qui peut tout gâcher. Un chien qui secoue la tête après une balade, ce n’est pas « juste un petit geste », c’est potentiellement le premier cri d’alarme d’un épillet en marche.
Soyez aux aguets : un poil de précaution vaut mieux qu’un épillet de remords.
