Vivre avec une Maladie Inflammatoire Chronique de l’Intestin (MICI) ne se résume pas à gérer des poussées et des traitements. C’est avant tout vivre : construire une carrière, fonder une famille, entretenir des loisirs, nouer des relations. Pourtant, la maladie peut jeter une ombre sur tous ces projets, en particulier sur la vie professionnelle. La crainte des poussées au mauvais moment, la fatigue invalidante, l’accès aux toilettes, le regard des autres… Autant de défis qui peuvent faire du retour ou du maintien dans l’emploi un parcours semé d’embûches. Mais c’est un parcours que l’on peut préparer, aménager et réussir. Je m’appelle Claire, je suis conseillère en insertion professionnelle et je vis moi-même avec une rectocolite hémorragique depuis 10 ans. Aujourd’hui, je veux partager avec vous des stratégies concrètes pour reconquérir votre qualité de vie et votre place dans le monde du travail.
Contenu :
La première étape est d’évaluer et d’améliorer sa qualité de vie globale, le socle sur lequel repose tout le reste. Cela passe par :
- Un traitement bien équilibré : La clé numéro un. Un traitement de fond efficace qui maintient une rémission stable est le meilleur atout. N’hésitez pas à en parler régulièrement avec votre gastro-entérologue. Les nouveaux traitements comme les biothérapies (Humira®, Stelara®, Entyvio®) ont changé la donne pour beaucoup en allongeant considérablement les périodes de rémission.
- L’écoute de son corps et l’anticipation : Apprenez à reconnaître vos signes avant-coureurs de fatigue ou de poussée. Utilisez des outils comme l’application MyTherapy ou Mici & Moi pour suivre vos symptômes et votre traitement.
- La gestion du stress : Le stress est un facteur aggravant reconnu. Intégrez des pratiques comme la méditation (avec des apps comme Petit Bambou), la sophrologie, le yoga ou simplement une activité plaisir (marche, dessin, musique).
- Le dialogue avec son entourage : Expliquez à vos proches ce qu’est la MICI. Leur compréhension est un soutien inestimable.
Concernant le retour à l’emploi après un arrêt longue maladie (ALM) ou une période difficile, la préparation est cruciale.
- Le choix du moment : Ne précipitez pas les choses. Assurez-vous d’être dans une période de stabilité clinique. Parlez-en à votre médecin traitant qui pourra adapter votre certificat de reprise.
- La visite de pré-reprise : C’est un droit (article L4624-2 du Code du travail). Avant la fin de votre arrêt, vous pouvez solliciter une visite avec le médecin du travail de votre entreprise. C’est un moment CLÉ, confidentiel. Vous pouvez y exposer vos difficultés (besoin d’un accès facilité aux toilettes, horaires aménageables en cas de fatigue, télétravail possible) sans entrer dans le détail médical. Le médecin du travail proposera alors, si nécessaire, des aménagements de poste à votre employeur.
- Le dialogue avec l’employeur : Vous n’êtes pas obligé(e) de tout dévoiler. Vous pouvez simplement mentionner que vous avez une affection de longue durée (ALD) nécessitant parfois des aménagements. La loi vous protège contre toute discrimination. Vous pouvez vous faire accompagner par un représentant du personnel ou par des associations comme afa Crohn RCH France.
- Les aménagements possibles : Bureau proche des sanitaires, horaires décalés pour éviter les transports aux heures de pointe, télétravail partiel ou total (un atout majeur), temps partiel thérapeutique en cas de reprise progressive, mise à disposition d’un frigo pour stocker des traitements comme les auto-injecteurs de Humira® ou les perfusions d’Entyvio®.
Pour les demandeurs d’emploi, la situation est différente. Vous n’avez pas à déclarer votre maladie lors d’un entretien. Une fois embauché, la visite médicale d’embauche avec le médecin du travail est, là encore, confidentielle. C’est le moment d’évoquer vos besoins pour bien exercer votre métier.
FAQ :
Q : Dois-je dire à mon employeur que j’ai une MICI ?
R : C’est un choix personnel. Aucune obligation légale. Beaucoup choisissent d’en parler à leur N+1 direct ou aux RH pour faciliter les aménagements, en s’assurant de la confidentialité. D’autres préfèrent ne parler qu’au médecin du travail.
Q : Quels sont mes droits en cas d’arrêt de travail répété ?
R : Vous êtes protégé par le statut de travailleur handicapé (RQTH – Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé). La MICI ouvre droit à cette reconnaissance, qui n’est pas un frein mais un atout : elle oblige l’employeur à étudier les aménagements, peut ouvrir des droits à des aides financières (Agefiph) et vous protège contre le licenciement.
Q : Comment gérer les urgences (diarrhées) sur le lieu de travail ?
R : Anticipez. Repérez les toilettes les plus discrètes et accessibles. Ayez toujours sur vous une trousse d’urgence avec un change complet, des lingettes, un désodorisant. Des associations proposent une carte d’urgence toilettes (comme celle de l’afa) à montrer discrètement en cas de besoin urgent dans un commerce.
Q : La fatigue est mon plus gros frein. Que faire ?
R : La fatigue chronique est un symptôme à part entière des MICI, même en rémission. En parler à votre médecin (recherche de carences en fer, en vitamine B12) est essentiel. Au travail, négociez des pauses courtes et réparatrices, privilégiez les tâches demandant le plus de concentration le matin. Le temps partiel thérapeutique peut être une solution temporaire.
Avoir une MICI et une vie professionnelle épanouie n’est pas un oxymore. C’est un équilibre à construire, qui demande de la stratégie, du courage et de savoir s’appuyer sur ses droits et sur les ressources disponibles. N’oubliez jamais que votre valeur professionnelle est intacte. La maladie vous a peut-être appris une résilience, une organisation et une empathie qui sont des atouts précieux dans bien des métiers. Le retour à l’emploi est une étape majeure dans la reconstruction de votre qualité de vie. Faites-vous accompagner (médecin, associations comme l’afa, assistante sociale), soyez bienveillant avec vous-même et osez demander les aménagements auxquels vous avez droit. Pour conclure sur une note d’humour et d’espoir, disons que gérer une MICI au travail, c’est comme être un agent secret : vous maîtrisez un plan d’action complexe (votre traitement), vous avez votre kit de mission (votre trousse d’urgence) et vous savez adapter votre stratégie en temps réel. Votre slogan pour avancer : « MICI au boulot : Jamais à l’arrêt, toujours en mission ! » La mission, c’est votre vie, pleine, entière et professionnelle. Vous avez toutes les cartes en main pour la mener à bien.
