L’assemblée générale par correspondance ou en visioconférence

La modernisation des modes de communication a profondément transformé la tenue des assemblées générales (AG) en copropriété. Longtemps cantonnée au modèle présentiel, parfois source de difficultés de quorum et d’absentéisme, l’AG a désormais embrassé l’ère numérique. Les assemblées générales par correspondance et en visioconférence sont désormais des options légales et encadrées, offrant une flexibilité précieuse. Ces modalités, rendues populaires par les contraintes sanitaires mais pérennisées par la loi, répondent à un besoin réel d’adaptation. Comment les mettre en œuvre efficacement ? Quelles sont les règles à respecter pour garantir la validité des décisions ? Et surtout, comment concilier cette modernité avec les impératifs de transparence et de participation démocratique ? Plongeons dans les arcanes de ces nouvelles formes de gouvernance syndicale.

Le cadre légal : ce que dit la loi

La possibilité de tenir des AG à distance n’est pas une nouveauté absolue, mais son cadre a été considérablement élargi et sécurisé. L’article 48 de la loi n° 2010-789 du 12 juillet 2010 (dite loi « ENGAGE ») a introduit la possibilité de voter par correspondance. La visioconférence, quant à elle, a été généralisée et encadrée par l’ordonnance n° 2020-1592 du 16 décembre 2020, ratifiée par la loi du 24 novembre 2021.

Il est crucial de noter que l’utilisation de ces modalités doit être autorisée par le règlement de copropriété. À défaut, une modification de ce dernier est nécessaire, votée à la majorité de l’article 25 (majorité absolue des voix de tous les copropriétaires). Une fois autorisées, elles peuvent être utilisées de manière systématique ou ponctuelle, selon ce qu’aura décidé l’assemblée.

L’assemblée générale par correspondance : la procédure pas à pas

Le vote par correspondance permet à un copropriétaire de participer à l’AG sans être physiquement présent. Il s’agit d’une modalité éprouvée, mais qui nécessite une rigueur absolue.

Le processus est le suivant :

  1. La convocation, envoyée par le syndic, doit explicitement mentionner la possibilité de voter par correspondance et indiquer la date limite de réception des bulletins. Cette date doit impérativement être antérieure à la tenue de l’AG.
  2. Le matériel de vote envoyé comprend le bulletin de vote (listant toutes les résolutions) et une enveloppe de retour pré-adressée.
  3. Le copropriétaire complète son bulletin, le place dans l’enveloppe et l’envoie (généralement par lettre recommandée avec accusé de réception pour preuve, ou via une plateforme sécurisée si le règlement le prévoit).
  4. Le jour de l’AG, le président du bureau (souvent le syndic) annonce le nombre de votes reçus par correspondance. Ces votes sont comptabilisés dans le quorum et dans les majorités requises pour chaque résolution.

Attention aux écueils : Un bulletin mal rempli (signature manquante, rature) peut être jugé nul. L’arrivée du bulletin après la date limite le rend irrecevable. Des solutions digitales proposées par des acteurs comme VisiotalWeAssemble ou Klee permettent de fluidifier et de sécuriser ce processus par des plateformes de vote électronique dédiées.

La révolution de la visioconférence

La visioconférence va plus loin : elle permet une participation en temps réel, avec écoute et intervention possibles. C’est une véritable AG dématérialisée.

Pour une AG en visioconférence valide, plusieurs conditions techniques et juridiques sont impératives :

  • Information et accès : La convocation doit préciser les modalités pratiques de connexion (lien, logiciel). Le syndic doit s’assurer que les moyens techniques choisis (comme ZoomMicrosoft Teams, ou des solutions spécialisées comme ShareVote) garantissent l’identification des participants, la continuité et la qualité de la transmission, et la confidentialité des débats.
  • Droit à la parole : Le système doit permettre à chaque copropriétaire connecté de pouvoir prendre la parole, dans le respect du règlement intérieur.
  • Tenue d’un feuille de présence : Le président doit établir une feuille de présence électronique, attestant de l’identité des participants et de leur capacité à suivre les débats.
  • Secrétariat de séance : La désignation d’un secrétaire de séance pour rédiger le procès-verbal est tout aussi nécessaire.

Un des avantages majeurs est la possibilité de combiner les modalités : une AG peut être tenue à la fois en présentiel et en visioconférence, maximisant ainsi la participation. Des syndics professionnels comme NexityGestion France Conseil ou Citya ont intégré ces outils dans leur offre de service.

FAQ : Vos questions sur les AG à distance

Q : Un copropriétaire peut-il voter par mail ?
R : Non, pas par simple email. Le vote nécessite un support assurant l’identité du votant et l’intégrité du bulletin. Seul un système de vote électronique sécurisé, si le règlement de copropriété le prévoit, est acceptable. Sinon, la voie postale reste la norme.

Q : Qui paie les frais de connexion internet pour une AG en visioconférence ?
R : Chaque copropriétaire supporte ses propres frais d’accès à internet. Les frais liés à la plateforme de visioconférence (abonnement) sont, eux, à la charge du syndicat et font partie des frais de gestion.

Q : Peut-on imposer la visioconférence à un copropriétaire qui n’est pas à l’aise avec le numérique ?
R : Non. La convocation doit toujours offrir une alternative, au minimum le vote par correspondance. Priver un copropriétaire de son droit de vote en raison d’une fracture numérique serait illégal.

Q : Les décisions urgentes peuvent-elles être prises en AG à distance ?
R : Oui, absolument. Toutes les décisions relevant des compétences de l’AG peuvent être prises via ces modalités, sous réserve du respect des règles de convocation et de majorité.

Q : Comment s’assurer de la validité des décisions prises à distance ?
R : En confiant l’organisation à un syndic professionnel expérimenté, en suivant scrupuleusement les procédures légales, et en faisant constater par huissier le bon déroulement des opérations si le sujet est très sensible (travaux lourds, changement de syndic).

L’assemblée générale à distance, qu’elle soit par correspondance ou en visioconférence, est bien plus qu’un pis-aller en période de crise. C’est une évolution majeure vers une démocratie copropriétaire plus inclusive, plus flexible et plus adaptée aux rythmes de vie contemporains. 🖥️📬 Elle permet de booster la participation, de faciliter la prise de décision et, in fine, de dynamiser la gestion de l’immeuble. Cependant, cette modernité ne s’improvise pas. Elle exige une rigueur procédurale accrue, une maîtrise technique et une transparence irréprochable de la part du syndic. Pour les copropriétaires, c’est une opportunité de reprendre une place active dans la vie de leur résidence, sans contrainte géographique. Alors, à la prochaine convocation, n’oubliez pas : votre voix compte, même à distance. « Connectés pour décider, unis pour faire avancer. » Adoptez le réflexe digital pour une copropriété qui avance avec son temps.

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