La déglutition atypique : son impact sur l’air avalé et les gaz

Imaginez une fonction corporelle que vous effectuez près de 2 000 fois par jour, sans même y penser : la déglutition. Ce réflexe, apparemment anodin, est pourtant une chorégraphie neuromusculaire d’une précision extrême. Mais que se passe-t-il lorsque cette mécanique se dérègle ? Une déglutition atypique (ou dysfonctionnelle) peut s’installer, bien au-delà de l’enfance. Au-delà des problèmes orthodontiques qu’elle peut engendrer, cette mauvaise habitude a une conséquence digestive méconnue et fréquemment sous-estimée : l’aérophagie pathologique, source majeure de ballonnements et de gaz inconfortables. Dans cet article, nous allons décortiquer les mécanismes de la déglutition atypique, comprendre comment elle conduit à avaler de l’air de manière excessive (l’aérophagie) et explorer les solutions pour retrouver un confort digestif durable. Parce que parfois, la clé d’un ventre plat se trouve… dans la bouche.

Qu’est-ce que la déglutition atypique ? Un mode d’emploi erroné

La déglutition mature (ou typique) est acquise dans l’enfance. Elle se caractérise par :

  • La pointe de la langue appuyée contre le palais, juste derrière les incisives supérieures.
  • Un verrouillage lingual qui propulse le bol alimentaire vers l’œsophage.
  • Une contraction harmonieuse des muscles du visage, sans participation des lèvres et des joues.
  • Une déglutition « à vide » (de salive) identique à celle avec aliment.

La déglutition atypique, elle, est un schéma déviant qui persiste après l’âge de 6 ans. On observe fréquemment :

  • Une poussée linguale : la langue s’interpose entre ou contre les dents lors de la déglutition, au lieu de monter au palais.
  • Une contraction excessive des muscles péri-buccaux (menton, lèvres, joues).
  • Parfois, un positionnement bas de la langue au repos.

Ce dysfonctionnement est souvent associé à des antécédents de tétine ou de succion du pouce prolongée, à des freins de langue restrictifs ou à des troubles de la respiration nasale (allergies, déviation de cloison) entraînant une respiration buccale.

Le lien mécanique avec l’aérophagie et les gaz

Le Dr. Jean-Marc Dersoir, orthodontiste et posturologue, explique le phénomène : « Dans une déglutition atypique, la langue, mal positionnée, ne crée pas un joint étanche. Pour générer la pression nécessaire à avaler, le patient compense en contractant fortement ses lèvres et en projetant sa mâchoire vers l’avant. Ce mouvement d’aspiration, semblable à celui qu’on fait avec une paille, entraîne une ingestion d’air importante à chaque déglutition. »

C’est le mécanême même de l’aérophagie (littéralement « manger de l’air ») :

  1. Air avalé : À chaque déglutition de salive (2 000 fois/jour) et lors des repas, une quantité anormale d’air est aspirée dans l’œsophage.
  2. Destination stomacale : Cet air s’accumule dans l’estomac, créant une sensation de ballonnement épigastrique, de pesanteur, voire de douleurs.
  3. Évacuation ou migration : Une partie de cet air est évacuée par des éructations (rots). Le reste descend dans l’intestin grêle et le côlon, où il se mêle aux gaz produits par le microbiote, exacerbant les ballonnements abdominaux diffus, les flatulences et les borborygmes (bruits intestinaux).

Symptômes : au carrefour de l’oral et du digestif

Les personnes souffrant de déglutition atypique présentent souvent un tableau combiné :

  • Symptômes digestifs : Ballonnements permanents ou post-prandiaux, éructations fréquentes, gaz, sensation de ventre gonflé.
  • Symptômes oro-faciaux : Respiration buccale, ronflements, sécheresse buccale, troubles de l’élocution, usure anormale des dents.
  • Conséquences orthodontiques : Dents antérieures qui se déplacent (version), béance antérieure (les dents du haut et du bas ne se touchent pas), récidive après un traitement d’orthodontie.

« Les patients viennent me voir pour leur ventre gonflé, et je finis par regarder leur façon d’avaler », témoigne Léa, 34 ans. « Après des années de régimes et de probiotiques sans succès, comprendre que mon problème venait de ma langue a été une révélation. »

Diagnostic et prise en charge pluridisciplinaire

Le diagnostic est clinique. Un orthodontiste, un orthophoniste spécialisé en rééducation myofonctionnelle ou un dentiste formé peuvent le poser en observant la déglutition et la posture de la langue.

La prise en charge est nécessairement pluridisciplinaire :

  1. L’orthophoniste (rééducation myofonctionnelle) : C’est le pivot du traitement. Il va rééduquer la posture de la langue au repos et lors de la déglutition, renforcer les muscles lingaux, et rétablir une respiration nasale. Des exercices quotidiens sont prescrits.
  2. L’orthodontiste ou le dentiste : Il peut proposer un appareil orthodontique pour corriger les malpositions dentaires et/ou un guide lingual (comme le Trainer de Myofunctional Research Co. ou les dispositifs Myobrace®) pour aider à repositionner la langue.
  3. L’ORL ou l’allergologue : Pour traiter une éventuelle obstruction nasale chronique (rhinite, polypes) qui entretient la respiration buccale.
  4. L’ostéopathe : Pour travailler sur les tensions musculaires et fasciales de la sphère oro-faciale.

FAQ : Déglutition, air et gaz, que faire au quotidien ?

Q1 : Comment puis-je savoir si j’ai une déglutition atypique ?
R : Faites le test simple devant un miroir : avalez votre salive normalement. Si vous voyez vos lèvres se contracter fortement, votre menton se plisser (signe du « menton de galoche ») ou si vous sentez votre langue pousser contre vos dents, c’est un signe d’appel. Consultez un professionnel pour un diagnostic précis.

Q2 : La rééducation est-elle longue ?
R : La rééducation myofonctionnelle demande en général 10 à 20 séances sur plusieurs mois. La clé du succès est la régularité des exercices à la maison. C’est un réapprentissage d’un geste automatique, qui demande du temps et de la persévérance.

Q3 : Y a-t-il des exercices à faire soi-même ?
R : Oui, sous guidance d’abord. Un exercice de base est la posture « Spot » : coller le bout de la langue au palais, juste derrière les incisives, et maintenir cette position le plus souvent possible (en lisant, travaillant…), surtout la bouche fermée. Cela muscle la langue et l’habitue à sa position correcte.

Q4 : L’alimentation joue-t-elle un rôle ?
R : Oui, en complément. Éviter les boissons gazeuses et les aliments fermentescibles (choux, légumineuses) peut réduire temporairement les gaz, mais ne traite pas la cause. Manger lentement, en mâchant bien et la bouche fermée, limite l’aérophagie pendant les repas.

Q5 : Les problèmes de gaz peuvent-ils disparaître complètement ?
R : Si l’aérophagie liée à la déglutition atypique est la cause principale, sa correction par la rééducation peut entraîner une amélioration spectaculaire, voire une disparition des ballonnements et éructations pathologiques. Les gaz liés à la fermentation intestinale normale subsisteront, mais à un niveau bien moindre et plus facile à gérer.

Un impact bien-être global

La correction d’une déglutition atypique a des répercussions bien au-delà du digestif. Une meilleure posture linguale améliore la respiration (plus nasale, donc de meilleure qualité), peut atténuer les ronflements, optimise les résultats orthodontiques et améliore l’esthétique du visage en relâchant les tensions musculaires. Des marques comme Alphyn proposent même des dispositifs innovants pour la rééducation linguale à domicile.

La déglutition atypique n’est pas une simple curiosité médicale. C’est un dysfonctionnement aux ramifications multiples, dont l’impact sur la sphère digestive est majeur et trop souvent ignoré. En transformant chaque déglutition en une source d’aérophagie, elle alimente un cercle vicieux de ballonnements, d’éructations et de gaz qui résistent aux simples modifications alimentaires. Reconnaître ce lien est la première étape vers une solution durable. Le traitement, fondé sur la rééducation myofonctionnelle avec un orthophoniste, parfois assistée par des dispositifs comme le Trainer ou Myobrace®, vise à reprogrammer un schéma neuromusculaire correct. Cette approche pluridisciplinaire (orthophoniste, orthodontiste, ORL) traite la cause et non les symptômes. Si vous souffrez de troubles digestifs inexpliqués associés à une respiration buccale ou des antécédents orthodontiques, posez la question : « Et si c’était ma façon d’avaler ? ». Prendre conscience de sa langue, cet organe puissant, peut être le début d’un véritable soulagement abdominal. « Une langue bien placée, c’est un ventre qui se déplace… vers l’apaisement ! » 😊👅

Note importante : Cet article a pour but de vous informer et de partager des connaissances générales sur la santé. Il ne remplace en aucun cas l’avis, le diagnostic ou le traitement d’un professionnel de santé (médecin, sexologue, gynécologue, etc.). Chaque situation étant unique, nous vous encourageons vivement à consulter un spécialiste pour toute question relative à votre situation personnelle. En cas d’urgence, contactez immédiatement les services de secours de votre région.

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